Souvenirs, une allemande de l’ouest au pied du mur

Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin tombait. Vingt ans plus tard, beaucoup gardent en mémoire cet élan d’émotions qui les a envahi lors de cet évènement historique. Cornelia Martens, une allemande de l’Ouest originaire de la ville d’Hambourg, avait 23 ans lors de la chute du Mur. Deux décennies après, elle raconte des souvenirs que le temps n’a pas érodés.

Malek Srioui: Quelle était la situation dans les deux Allemagnes à cette époque?

Cornelia Martens: La RFA était une vraie démocratie, nous avions des élections libres. Hambourg était une ville socio-démocrate (Helmut Kohl, de l’Union Chrétienne Démocrate, était le chancelier ouest – allemand à cette époque ).

L’Allemagne de l’ouest était un modèle très réussi au niveau économique. Très vite, il est apparu évident aux habitants de l’Est que la RDA ne rattraperait jamais la RFA. Personnellement, j’ai vécu une situation transitoire: une vague de chômage m’a obligé à travailler comme chef réceptionniste dans un petit hôtel pendant 3 mois. Ma vie a changé en octobre 1989 quand j’ai été recrutée par Europcar en tant qu’agent de réservation… eh oui, ça fait déjà 20 ans que je travaille dans la même boite.

Quant à la relation diplomatique entre les deux Allemagnes, les incidents n’en finissaient pas. Comme la frontière était entièrement fermée et une large bande de terre minée, il y avait des morts tous les ans, surtout que les gardes-frontière avaient reçu l’ordre de tirer sur les civils.

Comment avez vous vécu cette séparation?

La séparation a eu lieu juste après la seconde guerre mondiale, je n’était pas encore née. Donc mon unique source sur cette partie de l’histoire était le lycée. J’ai trouvé paradoxale l’idée de construire un mur, sous prétexte que c’était un moyen pour  »libérer » et  »protéger » le peuple de la RFA de ce qu’on appelait à l’époque  »l’impérialisme », alors que ce mur de béton ne faisait qu’office de frontière. J’ai vite compris qu’il symbolisait notre honte; séparation d’un peuple, violence étatique, et amertume de milliers de familles.

Et pourtant, tout a basculé le 9 novembre 1989…

Oui. Le communisme a plongé l’Est dans un état chaotique. Les habitants de la RDA en avaient marre. Ils avaient commencé de sortir de chez eux, de manifester pacifiquement, sans se laisser aller vers la violence. Ils venaient en masse devant les églises en scandant  »Wir sind das Volk  »(nous sommes le peuple) (je parle uniquement de mémoire, je ne cherche pas à être historiquement correcte). C’était une révolution pacifique qui se passait sous nos yeux. Tout le monde en parlait: en famille, avec mes amis, dans les médias. Moi-même j’étais incrédule. Jamais je n’aurais pensé que cela allait se passer de mon vivant. Je me souviens qu’en 1990, lors d’un voyage au Brésil, beaucoup de gens m’ont posé des question sur cette date historique. Eux aussi se sentent concernés par l’évènement puisque l’effondrement du  »rideau de fer » marquait la fin d’un monde bipolaire.

La réunification est t-elle parvenue à faire oublier cette partie sombre de l’histoire allemande?

Ce n’est pas si facile d’effacer quarante ans de séparation et d’isolement entre deux régimes politiques totalement opposés. Mener une vie commune n’était pas forcément facile. Ce qui m’a marqué le plus, c’est que les gens de l’Est ne sont pas venus envahir ceux de l’Ouest, et vice versa. La réunification a apporté deux éléments indispensables: la liberté de choisir et de se déplacer aux Est Allemands.

Le passé ne s’oublie pas, et ce serait une erreur de vouloir l’oublier car c’est à la source de ce que nous sommes aujourd’hui. Si nous avons pu y parvenir, c’est parce que nous avons essayé, et nous essayerons toujours, de puiser dans ce qu’il y avait de mieux dans les deux systèmes.

Et Berlin?

Nous sommes tous fils et filles de Berlinois, même si nous n’avons pas vécu dans les mêmes circonstances. Berlin est notre histoire à tous. Et ce n’est pas par hasard si elle est devenue aujourd’hui la capitale culturelle de l’Allemagne .

Propos recueillis par Malek Srioui

Une réponse

  1. Belle interview. Il etait temps d’entendre la parole de l’une des victimes de ce mur.

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