
Jeudi 5 novembre s’est tenue la conférence « l’impossible sortie du communisme » dans le cadre d’un colloque international sur le thème « Sortir du communisme. »
Ce colloque, organisé à l’initiative de la Fondation pour l’innovation politique et de la Fondation Robert Schuman a pour vocation de commémorer les 20 ans de la chute du mur de Berlin. Il pose la question « l’extrême faiblesse électorale des partis communistes donne-t-elle toute la mesure de la place et du rôle de cette idéologie dans les mémoires collectives, nationales et européenne, dans nos systèmes politiques et dans nos débats intellectuels ? »
Présidée par Pascale Joannin, directrice générale de la fondation Robert Schumman, qui œuvre en faveur de la construction européenne sur le plan des idées depuis 1991, la conférence à permis à Galia Ackerman, essayiste et journaliste spécialiste du monde russe, de traiter de « la Russie de Poutine ou l’impossible mémoire du communisme ». L’exercice à dès lors consisté à effectuer une relecture de l’histoire russe, de la naissance de l’Union soviétique jusqu’à son implosion et l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. Trois grandes idées s’en dégagent.
Dans son exposé, madame Ackerman met en relation le pouvoir central du tsar remplacé par celui du père de la révolution Lénine et surtout Joseph Staline plus tard. Émanation du système du parti unique, et du culte de la personnalité porté a nu par son rôle « héroïque » pendant la seconde guerre mondiale. Ce culte de la personnalité est une caractéristique « russe ». Elle prend racine à l’époque tsariste et se prolonge jusqu’à Poutine, sous des formes plus élaborées, après une courte transition de Boris Elstine, lui même produit d’un parti qu’il tend à rejeter de manière exacerbée. Exit donc le « Capital » de Marx au profit « De la richesse des nations » de Smith.
Le deuxième trait mis en exergue par la journaliste est celui de la fierté nationale, l’idée d’un état fort prime et se traduit par une volonté d’expansion jugée « vitale » de tout temps. Cette volonté s’est concrétisée par la création de « l’Empire soviétique », souvent dans le sang et dans l’annexion territoriale. Le tovarich russe est alors considéré comme « supérieur ». Après la chute du mur de Berlin qui marque l’implosion de la grande URSS Poutine essaye contre le cour de l’histoire de reconstituer et d’entretenir cette illusion expansionniste. Pour reprendre les termes d’Ackerman, « par le sentiment de fierté nationale on cherche à redorer le blason ».
L’autre aspect traité à été celui de la liberté d’opinion. Une liberté qui n’a jamais existé et qui n’existe toujours pas, après avoir vécue les foudres de la police du Tsar, subis les avatars de la dictature du prolétariat avec le KGB comme outil de régulation. L’opinion russe continue de souffrir avec Poutine. Ancien cadre de cette même officine, qui sous des apparences libérales dans l’ère du temps perpétue ces mêmes pratiques. Les tentatives d’endoctrinement sont aujourd’hui monnaie courante et les programmes de l’URSS fleurissent sur les chaines nationales. C’est dès lors la télévision qui forme l’opinion publique : les médias russes sont libres de parler de sexe où de religion, que chacun sait être des sujets vendeurs, mais il leur est impossible d’émettre de critiques vis à vis des classes dirigeantes. A été cité par la conférencière, le cas Polikovskaya, à titre d’illustration d’une époque trouble et ambiguë d’un pays sortit du communisme formel sans se débarrasser de ses contradictions.
Les interventions de spécialistes ukrainien, moldave et géorgien sont venus étayer les propos de Galia Ackermann en exposant les cas de leurs pays respectifs qui illustrent les effets pervers de l’éclatement de l’URSS. Il était au programme de parler de l’extrême gauche en France en relation avec la conférence, mais le conférencier : un enseignant chercheur associé au CNRS n’ a semble t-il pas répondu présent à l’appel.
Mehdi El Kindi
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