
La Slovénie et la Russie s’apprêtent à signer un accord sur le projet de pipeline South Stream. Vitale pour Ljubjana, garantie de livraisons ininterrompues pour Moscou, la nouvelle résonne comme une nouvelle injonction à coopérer lancée en direction de Kiev. L’établissement du réseau sud de Gazprom permettrait alors au groupe de contourner l’Ukraine.
Passant sous la Mer Noire et par les Balkans, le pipeline South Stream est âprement défendu par Moscou. Le projet présente en effet plusieurs avantages : économiques et politiques. Ouvrir la voie à des exportations vers le sud de l’Europe permettra de conclure d’importants contrats dans les balkans et vers la Méditerrannée. Bien que densément occupée par les divers réseaux d’acheminements, la région est au coeur d’une lutte d’influences. Qui de Nabucco ou de South Stream remportera la course vers la grande bleue? L’installation durable de Nabucco constituerait une menace réelle pour l’hégémonie russe. Soutenu par l’Union Européenne, le projet relierait l’Iran aux principaux pays membres de l’UE sans passer par la Fédération. Bruxelles y voit un moyen de diversifier ses approvisionnements et de s’émanciper de la tutelle énergétique de Moscou.
A peine sorti d’un grave conflit diplomatique ayant conduit à la rupture pure et simple des approvisionnements de gaz naturel russe, Kiev semble devoir replonger dans des méandres qui portèrent, en janvier 2009, l’économie ukrainienne dans une situation précaire. Les clients européens de Gazprom avaient alors protesté contre une pratique qui prendrait, à terme, leurs industries, leurs finances et leurs sociétés en otage. Durement touchée, la Hongrie dépend à 80% du gaz russe et se mobilise pour voir abouttir le projet Nabucco. La Slovénie précise que « nous signerons (un accord). Elle a décidé de participer (au gazoduc South Stream). C’est un projet important pour nous », a indiqué M. Lahovnik à des journalistes lors d’un point de presse conjoint avec le ministre russe de la Communication et des Média Igor Shchegolev.
Déjà isolé dans le système économique de sa région, l’Ukraine pourrait voir l’un de ses rares points d’influence s’évanouir avec l’érection de South Stream. Le pays est désormais face à ses choix et responsabilités à l’heure où le Parti des régions (pro russe) de Viktor Ianoukovitch gagne du terrain aux dépends des pro européens de Viktor Iouchtchenko et Ioulia Timochenko.




L’objectif de la Russie n’a pas change: elle veut controler tout le dispositif gazier et petrolier de bout en bout, de la production a la distribution. Elle a compris que l’Union Europeenne n’avait, de facto, pas de politique energetique commune (merci a ceux qui n’ont pas ratifie le traite de Lisbonne) et traite donc en bilateral.
A noter que la Bulgarie et la Hongrie sont impliquees a la fois dans Nabucco et Southstream!…… Mais Nabucco verra-t-il le jour? Car ce n’est pas tout d’voir un tube, il faut avoir du produit a faire passer dedans!
Petit point de vocabulaire au passage. Nabucco et Southstream sont des gazoducs (en anglais gas pipeline) et, en Russie, c’est Gazprom qui gere. Pour les oleoducs (en anglais pipeline) c’est Transneft.