Alors que l’Europe reste durement touchée par les effets de la crise financière, Moscou tente de rappeler les mauvais payeurs à l’ordre. Gazprom réclame en effet plus de 2 milliards de dollars à l’Ukraine correspondant aux livraisons de gaz vers Kiev. Comme d’habitude, la menace d’une coupure des approvisionnements en plein hiver a été évoquée par le groupe russe afin de mettre la pression sur un gouvernement ukrainien déjà fragilisé.
L’injonction se veut inflexible et impérative. Sergueï Kouprianov, porte parole du géant de l’énergie russe, s’est fait l’écho des revendications du Kremlin et du gouvernement Poutine et affirme que le contexte de crise qui sévit dans le monde ne saurait interférer dans le réglement des dettes ukrainiennes. Selon lui, le montant de la dette (de 2,4 milliards de dollars) comprend le gaz livré en septembre, octobre et courant novembre, ainsi que les indemnités de retard. “Dès que la dette sera honorée, nous sommes disposés à conclure un accord sur les livraisons de gaz directes”, a poursuivi le porte-parole.
Les deux parties semblaient pourtant sur la voie d’un accord. Le Premier ministre ukrainien Ioulia Timochenko avait assuré qu’elle reprendrait des négociations jusqu’ici au point mort avec Moscou pour établir un protocole entre les deux pays sur des échanges énergétiques. Mais les troubles politiques et la dissolution de la Rada demandée par le Président Viktor Iouchtchenko ont anéanti cette démarche. Les rives du Dniepr avaient déjà connu une suspension des livraisons de gaz pendant l’hiver 2006. Celle ci avait entrainé des troubles politiques et des perturbations majeures dans le quotidien des ukrainiens.
La Commission Européenne et le groupe GDF Suez semblent devoir conserver toute leur confiance dans la Russie. Christian Cleutinx et Didier Sire ont affirmé vendredi que Moscou restait un partenaire fiable pour les européens lors d’une conférence de presse organisée par l’Institut Thomas More à l’Assemblée Nationale. “L’énergie est parfois un révélateur émotionnel des relations entre les pays et il faut le dépolitiser pour le placer sur une base d’avenir” a affirmé M. Cleutinx, jugeant que “la Russie est un partenaire fiable, il n’y a jamais eu d’interruption de livraisons” de sa part vers l’Union européenne (UE).
“Il est vrai que les interrogations liées aux tensions avec l’Ukraine en 2006, la Biélorussie en 2007 et la Géorgie en 2008 ont créé une certaine inquiétude ou émotion” mais “ces situations sur un plan industriel ont eu des impacts quasi nuls”, a-t-il ajouté.
La menace russe intervient quelques semaines avant les élections législatives anticipées en Ukraine et devrait immanquablement influer sur les débats et le vote des citoyens. La crise de 2006 avait conduit à la nomination de Viktor Ianoukovich, ex candidat pro russe aux présidentielles, au poste de Premier Ministre.
Quelques cartes pour mieux appréhender la configuration du système gazier russe :
http://clabedan.typepad.com/photos/uncategorized/2007/08/05/georgia_armenia_naturalgaspipeline.gif
http://www.senat.fr/rap/r06-307/r06-3072.gif
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Très intéressant. En fait, je crois que cette querelle russo-ukrainienne à propos du gaz risque de perdurer tant que Kiev ne donnera pas des signes politiques allant dans le sens russe. De toute façon, avec le réchauffement des relations russo-européennes, l’Ukraine n’est plus aussi sûre du soutien de l’UE et doit se rendre à l’évidence que les cartes ne sont pas en sa faveur…
A mon sens (et je vais me faire taper sur les doigts par quelques russionautes), ce système de bonus malus transposé par Moscou sur le plan énergétique sert avant tout les fins politiques du Kremlin. Cette dette n’a pas diminué depuis des années. La seule période d’acalmie dans les exigeances russes correspond à l’arrivée du gouvernement de Ianoukovich (ex candidat pro russe à la présidence ukrainienne).
Dans quelques jours, une élection législative anticipée, voulue par le président Iouchtchenko pour tout un tas de mauvaises raisons, aura lieu. Cette menace de coupure pourrait avoir son effet sur le vote de l’EST du pays, majoritairement russophile, comme en 2006.
Cordialement