
A l’approche des anniversaires commémorant de grands événements historiques tels que la chute du mur de Berlin, certaines archives sont présentées aux médias. Revue de presse…
Le Point.fr s’en fait l’écho. Dans un article, publié le 28 octobre dernier, le site-web de l’hebdomadaire révèle que la « France ouvre ses archives diplomatiques sur la chute du Mur de Berlin ». Ces documents confirment que « Paris n’a compris que tardivement l’imminence de la réunification. En octobre 1989, une analyse de la “question allemande” réalisée par le Quai d’Orsay indique que celle-ci “ne paraît pas en ce moment réaliste” ». Margaret Thatcher se montrait quant à elle sceptique face aux bouleversements du début des années 90 : « “La réunification de l’Allemagne n’est pas dans l’intérêt de la Grande-Bretagne et de l’Europe de l’Ouest”, affirme (t-elle) à Mikhaïl Gorbatchev lors d’une rencontre à Moscou en septembre 1989 ».
Alexis Brézet : « le coup de pioche décisif dans le Mur ? »
Les anniversaires donnent l’occasion de repenser l’Histoire. ZDF, la deuxième chaîne allemande révèle un scoop sur la chute du mur. La première brèche, le 9 novembre n’est pas celle que l’on croit, rapporte Anne Joncteur Monrozier sur France Info, textes et vidéos à l’appui sur le site-web. Les premiers passages à l’ouest auraient eu lieu dans le sud de la ville, à la poste-frontière de la Waltersdorfer Chaussee et non à la Bornholmer Strasse vers 22h30.
Alexis Brézet se questionne dans un édito du Figaro-Magazine du 31 octobre sur l’origine de la chute du mur : « Qui a donné le coup de pioche décisif dans le Mur de la honte ? Alexandre Soljenitsyne, l’ancien soldat de l’Armée rouge condamné à la déportation (…)? Jean-Paul II, le pape slave du «N’ayez pas peur !», qui, en 1979, devant des foules immenses, osa défier le régime soviétique et traça la route à l’épopée de Solidarnosc et de Lech Walesa ? Ronald Reagan (…) qui, un jour de juin 1987, devant la porte de Brandebourg, ne craignit pas d’ordonner : «Monsieur Gorbatchev, abattez ce mur !» ? »
La Chine censure
Les témoignages sont fréquents dans les médias. Y compris des anonymes, qui ont la parole au Nouvel Observateur : “vos souvenirs de la chute du mur de Berlin”, le 6 novembre dernier.
On apprend d’ailleurs que la Chine a censuré un site dédié à la chute du mur. Marie Simon de l’Express écrit le 30 octobre que les autorités ont coupé l’accès à berlintwitterwall.com, car on y faisait référence au mur chinois de « la censure ».
Les hommes politiques n’y échappent pas. Le site-web “Toute l’Europe” interroge le député hongrois György Schöpflin qui raconte : « je suis allé à Berlin cinq jours après (la chute) (…) C’était absolument passionnant. Je me rappelle précisément les allemands de l’Est déambulant dans les rues. On les repérait tout de suite. Ils étaient beaucoup plus pauvres, on le voyait à travers leurs vêtements, leurs chaussures, leurs dents. Ils avaient l’air choqué et flânaient regardant l’Ouest, l’irréalité de la chose. Voir l’Ouest pour la première fois fut un important choc culturel pour eux. »
Lech Walesa : « on parle trop du mur » de Berlin
La chute du mur n’était pas pour tout le monde un événement majeur en soi, comme l’explique à l’Express le 30 octobre, Lothar de Maizière, à la tête du premier et dernier gouvernement démocratiquement élu de la République démocratique allemande (RDA), en mars 1990. Il n’était pas « dans un état d’euphorie » ce jour-là. « Plus émouvant fut le concert donné un mois et demi plus tard au Schauspielhaus de Berlin, le 25 décembre, par Leonard Bernstein. Lorsqu’il a fait chanter l’Hymne à la joie en remplaçant le mot “joie” (Freude) par le mot “liberté” (Freiheit), j’ai pleuré comme un enfant » Lech Walesa, interrogé par le Figaro Magazine du 31 octobre donne son analyse sur la chute du communisme : le mur « n’est pas tombé parce que les Allemands de l’Est se sont enfuis en 1989. C’est une légende. Cela fait vingt ans que l’on parle beaucoup trop du mur. Ce n’est pas 1989 mais 1980, quand les grèves ont commencé en Pologne. (…) Les Polonais n’avaient plus peur ! Ils avaient entendu le message de Jean-Paul II qui leur avait précisément dit : «N’ayez pas peur ! ».
Angela Merkel révèle à la presse comment elle a vécu la chute du mur. Le Figaro du vendredi 6 novembre publie ses confidences. Cette femme qui n’était à l’époque que physicienne « s’engouffra par la brèche ouverte dans le mur de Berlin avec des milliers d’anonymes, ivres de joie, par le point de passage de la Bornholmerstrasse », peu avant minuit en rentrant d’un sauna avec une amie. A Moabit (quartier de l’ouest), on lui aurait « offert des bières ». Le supplément hebdomadaire du Figaro publie le 30 octobre un portrait de Helmut Kohl, le « chancelier de l’unité » et « anti-communiste », écrit par Jean-Marc Gonin, un grand reporter qui était correspondant de Berlin au moment des faits. Celui-ci fait partager ses souvenirs sur le Figaro.fr, dans une vidéo le 5 novembre. Et raconte que tous les journalistes sur place, « pris par surprise », « pleuraient ». Selon lui, rien de tel qu’un « peuple (qui) retrouve la liberté ».
Les Ossies et les Wessis
Evidemment, les intervenants reviennent sur les différences entre Berlinois de l’Est et l’Ouest. Lothar de Maizière raconte une anecdote : « lorsqu’un chauffeur de bus parle, l’on sait à son dialecte s’il vient de Lichtenberg (Est) ou de Steglitz (Ouest) ». Et révèle un tic de langage : « Voilà deux ou trois ans, je disais encore: “Je vais “drüben” [de l'autre côté, selon l'expression consacrée à l'époque du Mur], lorsque j’allais retrouver un ami sur le Ku’damm, la grande artère de l’Ouest »
Le Figaro Magazine du 31 octobre pose enfin la question de la différence à un sociologue allemand, Thomas Ahbe : « A la réunification, les «Ossis» (les Allemands de l’Est), ont dû changer leur entière existence, de leur vie quotidienne à leur identité. Ils ont dû accepter des vérités douloureuses et apprendre à tenir un discours politiquement correct sur la vie en RDA. Ils ont dû devenir normaux, c’est-à-dire comme les Wessis, les Allemands de l’Ouest, (qui ont du mal) à accepter le regard que peuvent porter les Allemands de l’est sur la RDA. Si les Ossis ne critiquent pas suffisamment la Stasi, la répression d’Etat ou défendent des aspects de l’histoire de la RDA, on les taxe ‘ d’Ostalgie’. »
Philippe Lesaffre